Merz ne devrait pas ignorer les attaques de la Turquie contre les droits et la démocratie

Dans la foulée de la rencontre du Premier ministre britannique Keir Starmer avec le président Recep Tayyip Erdoğan pour signer un accord permettant à la Turquie d'acquérir des avions de combat, le 30 octobre, le chancelier allemand Friedrich Merz se frayera un chemin vers le palais présidentiel. Même si l'accent annoncé est mis sur la politique étrangère, la sécurité et les questions bilatérales, Merz ne doit pas négliger le glissement croissant de la Turquie en matière de démocratie et de droits.

Quelques heures avant l'accueil de Starmer à Ankara avec tous les honneurs militaires, dans une tournure surréaliste des événements, un tribunal d'Istanbul a émis un nouvel ordre de détention contre Ekrem İmamoğlu, le maire d'Istanbul déjà emprisonné et rival d'Erdoğan, pour implication possible dans l'espionnage pour le compte du Royaume-Uni.

Merz ferait bien d’exprimer ses inquiétudes quant au fait que l’incarcération et la destitution des élus de l’opposition soulèvent la perspective que la Turquie abandonne son histoire de démocratie et devienne un partenaire beaucoup moins stable. L’administration Erdoğan réprime de plus en plus l’opposition politique et les médias tout en étendant son contrôle politique sur les tribunaux.

L'enquête d'espionnage douteuse contre İmamoğlu n'est que le dernier épisode de la série de poursuites judiciaires lancées par le gouvernement Erdoğan contre le principal parti d'opposition, le Parti républicain du peuple, et contre le maire populaire d'Istanbul. La nouvelle enquête repose sur des allégations fragiles de fuites de données vers le Royaume-Uni et d’autres pays et sur les allégations farfelues d’une personne qui a témoigné contre İmamoğlu. Cela s'ajoute aux accusations non étayées du procureur d'Istanbul selon lesquelles İmamoğlu serait le chef d'une organisation criminelle.

L’Allemagne et les autres États membres de l’Union européenne ne devraient pas ignorer la trajectoire autoritaire de la Turquie lorsqu’elle tente d’approfondir son alliance avec Erdoğan dans les domaines de la défense, du développement régional et des relations économiques.

Des signes montrent que le gouvernement Erdoğan ne se concentre pas uniquement sur la disqualification de l’opposition politique. Un nouveau projet de loi divulgué dans les médias suggère que des mesures sont en cours pour criminaliser les personnes LGBT, en les menaçant de prison pour expressions ou promotion d'« attitudes et comportements contraires au sexe biologique et à la moralité générale » et en restreignant considérablement l'accès aux services de santé affirmant le genre pour les personnes trans.

Alors que le gouvernement d’Erdoğan est sûr de promouvoir les efforts importants en cours pour mettre fin au conflit avec les Kurdes qui dure depuis quatre décennies, Merz et les autres dirigeants européens doivent dénoncer la répression brutale simultanée dans leur pays et ne pas détourner le regard.