La Turquie, un acteur clé de l’OTAN depuis sa création

Bordée par huit pays et séparée de l’Europe par les détroits du Bosphore et des Dardanelles, la Turquie présente une position stratégique indéniable. Ce singulier pays, résolument encadré d’un côté par l’Orient et de l’autre par l’Occident, est, malgré ses enjeux intérieurs et ses discordances avec certains de ses membres, une composante majeure de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, plus connue sous le sigle de l’OTAN.

Inaugurée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’OTAN avait pour objectif initial d’unifier et de coordonner les forces de défense de l’Occident face à la menace que représentait l’Union soviétique. La Turquie, entrée en scène lors de la première expansion de l’OTAN en 1952, apporte une contribution géostratégique majeure à l’Alliance. Sa proximité avec l’URSS a été d’une importance cruciale durant la Guerre Froide.

L’intersection des intérêts

L’adhésion à l’OTAN procurait à la Turquie un bouclier face à l’Union soviétique, réactivant à la fois les soupçons de possessions territoriales sur le détroit du Bosphore et les tensions résiduelles de la Seconde Guerre Mondiale. Pour l’OTAN, l’engagement de la Turquie offrait une frontière avec l’Union soviétique, une présence militaire significative et un contrôle sur les détroits clés reliant la Méditerranée à la Mer Noire.

C’est un mariage de raison qui a perduré jusqu’à ce jour, faisant de la Turquie le deuxième pays de l’OTAN en termes de taille d’armée, juste après les États-Unis. La Turquie présente également un arsenal d’armes modernes et une présence militaire active qui lui permettent de participer à des opérations militaires importantes en coordination avec l’OTAN, comme nous l’avons vu en Afghanistan et en Libye.

La Turquie et l’OTAN : une relation complexe

Les relations entre la Turquie et l’OTAN se sont toutefois montrées tumultueuses au fil des dernières années. Des frictions ont été observées en raison de divergences d’opinions sur diverses questions, notamment sur la question kurde, l’intervention en Syrie, et l’achat par la Turquie de systèmes de défense aérienne russe de type S-400.

Un point de friction majeur reste l’achat par la Turquie de ces systèmes S-400, en réponse au refus américain de vendre des systèmes Patriot à la Turquie. Cette action a conduit à de vives critiques, les États-Unis estimant que cet achat expose l’OTAN aux technologies de surveillance russe et menace l’intégrité des systèmes de défense de l’Alliance.

Une solidarité menacée mais intacte

Malgré ces tensions, la solidarité au sein de l’OTAN prévaut, comme en a témoigné l’application de l’article 5 (considérant une attaque contre un membre comme une attaque contre tous les membres) pour la première fois lors des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, et dans le cas de missiles syriens tirés sur la Turquie en 2012.

La Turquie et l’OTAN se trouvent souvent face à des impasses. Des désaccords majeurs et des approches différentes sur certaines questions minent leur relation. Cependant, l’engagement de longue date de la Turquie en tant que membre de l’OTAN lui confère une certaine flexibilité pour défendre ses intérêts, tout en bénéficiant de la sécurité apportée par l’Alliance.

Pour conclure, une chose est certaine : malgré ses nombreux défis internes et externes, la Turquie joue un rôle majeur au sein de l’OTAN.